Résurrection (2/2)
(2e et dernière partie)
Arrivé chez lui, il constate que la maison des voisins est bien fermée. Il ne verra pas la Berthe non plus puisqu’elle est à l’hôpital...
Le décès d’un ami n’empêchant pas la vie de continuer à embêter ou distraire les autres, le Tonio vaquait à ses occupations habituelles, jardinage par ci, petit tour dans les vignes par là, jusqu’au jour où il décida d’aller vers les “Cadénettes” (1) chercher des escargots.
Une petite ondée, suffisante pour faire sortir leurs cornes en cette fin de juin, lui avait mis l’eau à la bouche pour se préparer un ragoût de “caracoles à la valenciana” (2). La matinée passa donc à garnir la musette. Vers les onze heures, le soleil commençant à chauffer et les escargots à rentrer, il décide de retourner en passant par le chemin de Bize.
La musette suspendue à la selle, les mains appuyées sur le guidon du vélo qui lui sert de canne, il redescend tranquillement vers le village dont il aperçoit le cimetière à l’entrée. S’arrêtant de temps à autre pour cueillir du romarin ou du fenouil, il se voit préparant la caisse où il va mettre les escargots à jeûner...
Tout à ses pensées, il ne s’aperçoit pas qu’il est déjà à hauteur du cimetière et même quasiment à la dernière sortie de celui-ci côté village. Machinalement, il appuie le vélo contre le mur pour se désaltérer à la fontaine située à cette issue. Et au moment de se baisser il voit, sortant d’une allée du cimetière et venant vers lui, une canne à la main, Carrénoun qui lui crie “Adìou !”
Traumatisé par sa vision, ayant entendu le spectre lui crier “hou !”, il abandonne tout et fuit, à la vitesse de ses quatre vingts ans, vers la place du village.
Essoufflé, les yeux globuleux et rougis, il s’arrête au milieu d’un groupe de chalands à qui il crie avant de s’évanouir :
“Yé viens dé voir lé fantômé dé Carrénoun !”
On appelle le docteur qui le remet sur pied, lui injecte un calmant à la vue de son excitation et lui demande de raconter ce qui l’a mis dans cet état.
Les témoins de la scène lui disent que cela ne se peut, qu’il a rêvé, que Carrénoun n’est pas mort... Il n’en démord pas : il a vu le fantôme qui lui a crié “hou !”.
Loumassou arrive sur ces entrefaites, s’informe sur les événements et s’adresse alors à Tonio:
“ - Je ne t’ai jamais dit çà !
- Si, tou mé l’a dit quand yé souis rentré d’Espagna !
- Mais non ! je t’ai dit “Le Carrénoun a décidé avec sa femme d’aller à l’hôpital !” et ils sont revenus justement hier !”
Vous me croirez si vous voulez, mais cet après-midi là, on entendit des voix pendant des heures dans la maison du Tonio.
Ce n’étaient pas des fantômes mais le Tonio et Carrénoun qui, arrosant copieusement la résurrection, gueulaient des chansons paillardes...
(1) Lieu-dit sur le flanc du Pech.
(2) Escargots à la mode de Valence (Espagne).
FIN
Par Jaco, Mardi 13 Mai 2008 à 04:32 GMT+2 dans Veillées au village (article, RSS)





