les Nouvelles de Jaco

Patinage embaumeur (3/3)

(3e partie)

Mon calvaire hélas ne va pas s'arrêter là ! Il faut rentrer à la maison !...

Impossible de passer par le village : on a sa petite fierté ! Il faut donc cheminer par les vignes. Les fèces, en séchant, raidissent mes vêtements et j’éprouve de plus en plus de difficultés pour marcher. Les copains me font les passages, loin devant car, malgré la température hivernale, je dégage un parfum pour le moins fort désagréable ! Ils consentent cependant à m’aider pour sauter les quelques ruisseaux d’irrigation ou de drainage qui séparent les vignes entre elles, puis repartent aussitôt en avant-garde, en rigolant...

Mes pensées, elles, ne m’incitent guère à l’euphorie ! Je crois que je n’ai jamais rien maudit autant que les seaux hygiéniques ! Et puis, que vais-je raconter à la maison ? Une chose est certaine : J’aurai droit à une belle “dégelée” qui, vu la saison, est de circonstance ! Probablement qu’ensuite, comme Perrette de la fable, je pourrai dire : “Adieu bal, stands, fêtes et jeux !”...

Je dois vous avouer, en toute modestie, que je me suis trouvé des talents de devin ! Tout s’est passé comme je l’avais prévu !... Enfin, presque !...

Devant “l’infection” que je dégageais, mes parents s’unirent pour régler mon sort. Mon père s’occupa de moi à coups de ceinture pendant que ma mère s’activait à faire chauffer de l’eau dans la grande lessiveuse : les douches n’existaient pas dans beaucoup de maisons, dont la nôtre ! Quand tout fut prêt, j’eu droit, après le réchauffement paternel, à un lessivage maternel en règle, avec décapage intégral ! Le rinçage fini, ce fut la friction à l’eau de cologne pour enlever les derniers relents... Il fallait me voir, le nettoyage terminé, tout nu, debout au milieu de la cuisine, près de la cheminée, aussi rouge de honte qu’un soleil couchant !

“ - Et ce soir,  au lit !”.

Heureusement que les colères méridionales sont très volatiles et que “l’endévinaïre” (3) s’était trompé ! A moins que ce ne soit le fait de ne pouvoir me laisser seul, de nuit, dans une maison isolée...??? Après le repas, ma mère sortit mes habits du dimanche et je fus autorisé à les accompagner au bal, chez “Lydie”. Contrairement à ce que vous pouvez penser, ce fut une punition, un vrai “chemin de croix” ! J’avais l’impression que tout le monde m’évitait et que, telle ma propre ombre, l’odeur de mes exploits me suivait, me poursuivait...

             
La délivrance vint avec le coucher, et le lendemain, dimanche, je pus enfin faire la fête !

FIN

(3) "Endevinaïre" : devin en occitan.

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