les Nouvelles de Jaco

Jeux de coquins (1/3)


Une coutume, qui s’est perdue aujourd’hui - heureusement penseront certains ! - avait assez de succès. C’étaient les soirées "martélèt" et "cartonatgé" que l’on pratiquait entre seize et vingt ans...ou plus !

Elles se déroulaient de préférence au beau temps, plus particulièrement en été, dès que la nuit donnait à chacun une silhouette anonyme.

**************

A l’époque, les sonnettes électriques n’étant pas connues ou fort rares, chaque porte d’entrée était équipée d’un marteau ou heurtoir. C’était une pièce de métal, du bronze en général, d’une quinzaine de centimètres, longue ou en forme d’anneau, fixée par son haut sur un pivot et dont la partie inférieure représentait un poing fermé, une tête de diable, un gant de boxe ou tout autre motif... On annonçait sa visite en frappant avant d’entrer.

Le jeu (hum !) consistait, fort tard dans la nuit, à faire le "testèt" (1) ou "martélèt". Pour ce faire, on attachait une longue corde au heurtoir et de très loin, d’un endroit abrité (un coin de rue ou un renfoncement de porte), on tirait puis relâchait la corde à la manière des sonneurs de cloches. Ces derniers le font à la verticale, nous c’était à l’horizontale ! Et cela jusqu’à ce que le propriétaire des lieux se lève, nous ouvre et nous offre à boire. Celui-là était tranquille pour une bonne partie de la saison ! Par contre, ceux qui refusaient, avaient droit au concert toute la nuit, avec l’assurance d’entendre encore ce glas nocturne les tirer de leur sommeil les semaines suivantes...

Souvent le "testèt" avait d’autres motifs que celui d’étancher sa soif d’alcool. Des raisons plus profondes, et plus personnelles parfois, commandaient cette action : des querelles de voisinage, des vengeances particulières ou, plus rarement, le plaisir sadique de voir descendre la maîtresse de maison en chemise de nuit plus ou moins courte, plus ou moins transparente...! On a vu même le "martélèt" servir de rendez-vous galant ! Pendant que le père allait à la cave chercher la bonbonne de vin blanc pour régaler la clique de garnements, l’un de ces derniers courtisait avec fortes bises la fille de la maison, sa "nòvi" (2), bien protégé par le reste de la troupe...

Il faut dire tout de même que certaines personnes échappaient à ces agissements. Le pauvre d’abord, de par sa condition (excepté s’il avait mauvaise réputation!), ainsi que le médecin et le pharmacien pour ne pas semer la confusion... Ah ! on savait s’amuser à l’époque mais on savait aussi respecter...
En général, cela se passait fort bien... sauf en deux occasions consécutives dont je garde un vif souvenir : elles furent, pour moi, les derniers "martélèts" auxquels je participai.

(à suivre)

(1) "Tustèt - Martélèt" : heurtoir de l’occitan "tustar" : frapper.
(2) "novi" : fiancé(e) en occitan.

 

Vos commentaires

1 Le Dimanche 1 Octobre 2006 à 12:30 GMT+2, par C

C'est sûr qu'avec les sonnettes électriques, il faut courir vite. Quoique maintenant, on voit ressurgir les heurtoirs et les cloches près des portes d'entrée ...

2 Le Jeudi 28 Decembre 2006 à 21:27 GMT+2, par Kip

Et toi, Clüp, tu cours toujours aussi vite ?

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